Bien qu’elle soit titrée « Situation politique dans le monde Arabe » sur le site Internet de France Culture, Jean Marie Colombani annonce ainsi son émission « La rumeur du monde », samedi 5 février : « Y a-t-il un printemps des peuples dans le monde arabo-musulman ? »

D’emblée, Jean-Marie Colombani voit large. On reconnaît là le type même d’émission traitant « des-grands-sujets-de-ce-monde », où l’on aborde posément les questions avec recul, mise en perspective, hauteur, modération, intelligence et érudition, bref : on est loin du sensationnalisme et de l’agitation populaire du « vingt heures ».

M. Colombani voit large, en effet, car enfin qu’est-ce que le « monde arabo-musulman » ? Pour démarrer son émission, il cite « la révolution Tunisienne, la révolution Egyptienne, des mouvements en Jordanie, des mouvements en Syrie, des mesures de précaution en Algérie ». Mis à part que ces quatre ou cinq pays sont des pays de langue arabe et qu’une bonne partie de leur population soit de confession musulmane, pour autant, peut-on parler de « monde arabo-musulman » ?

D’une part, ne faut-il pas rappeler que l’Islam compte moins d’un milliard et demi de fidèles dans le monde dont une minorité d’entre eux parlant arabe : 20 à 25% ? « Sur un total d’1,3 milliard de musulmans environ, 930 millions à peu près vivent en Asie, dont 240 millions au Moyen-Orient (Croissant fertile, Iran, Péninsule arabe et Turquie) et 690 millions environ en Asie méridionale centrale, 320 millions résident en Afrique, dont 130 environ en Afrique du Nord et 190 en Afrique sub-saharienne. L’Amérique du nord ne compte guère plus de 5 millions de musulmans et l’Amérique latine un million et demi », rappelle le Groupe d'études et de recherches islamologiques de l'Université Marc Bloch de Strasbourg. Dès lors, en quoi le cas de la Tunisie, de l’Egypte, de la Jordanie, de la Syrie et de l’Algérie seraient représentatifs d’un « monde arabo-musulman » ?

D’autre part, sur le concept même de « monde arabo-musulman » : pourquoi l’employer aujourd’hui ? Sauf à rappeler l’époque des conquêtes parties d’Arabie et entamées par Mahomet au VIIème siècle ? Elles se poursuivent jusqu’au Xème siècle et, pour le coup, on peut parler clairement de l’épopée « arabo-musulmane » tant Islam (une religion) et Arabie (un pays ; très grossièrement l’actuelle Arabie Saoudite) sont imbriqués. Mais aujourd’hui, peut-on encore parler avec pertinence géopolitique du « monde arabo-musulman » ?

Tiens, au fait, avez-vous vu la couverture de l’hebdomadaire __« Le Point »__ : photo d’une jeune femme portant le foulard, manifestant en tenant le drapeau Egyptien à la main ? L’hebdomadaire titre : « Egypte, Tunisie, Algérie… LE SPECTRE ISLAMISTE, avec en sous-titre : Fantasmes et réalités – Ce que la France risque – La vérité sur les Frères musulmans ».

Ce que la France risque ? De « jolis » scores électoraux en 2011 et 2012 de toutes sortes de tendances politiques xénophobes confondues, et pas forcément que des votes de classes populaires, comme on dit. On l’aura bien cherché, non ?