L’Humanité du 20 janvier (p.4) mentionne cet article paru dans Finances et Développement, une des publications périodiques du Fonds Monétaire International, que je suis allé chercher. Son titre ? « Endettement et inégalités », avec pour chapeau : « Un accroissement durable des inégalités de revenu incite à emprunter aux riches et augmente le risque de crise économique grave ». Tout un programme.


L’hypothèse des coauteurs (Michael Kumhof et Romain Rancière, respectivement chef d’unité adjoint et économiste au Département des études du FMI) est donc très simple : les inégalités de revenu pourraient être à l’origine des deux crises économiques de 1929 et de 2007. C’est sur une observation comparée, sur ces deux périodes, de l’évolution de l’endettement des ménages avant et pendant la crise que les auteurs s’appuient pour démontrer, au moyen d’une modélisation économétrique, que « les riches prêtent aux pauvres et à la classe moyenne une grande part de leurs revenus supplémentaires, et quand les inégalités de revenu augmentent pendant plusieurs décennies, le ratio dette/revenu s’élève assez pour faire augmenter le risque d’une crise grave ». Dans la modélisation en question, les « riches » sont les 5% les plus riches des ménages américains, comparés au reste des ménages. On voit bien sur les diagrammes, effectivement, que les riches, pour lesquels l’augmentation de la consommation est moins forte que l’augmentation des revenus, disposent d’une (importante) épargne dont ils prêtent (avec intérêt) une partie aux autres, ceux qui s’endettent. Et les autres, globalement, s’endettent car leurs revenus n’augmentent pas assez par rapport à leurs besoins et à leur consommation. Et il arrive un moment où certains d’entre eux (les plus pauvres, on imagine, mais qui représentent une masse significative de dette) n’arrivent plus à rembourser. On connaît la suite.

Que faut-il faire ? Les deux auteurs proposent, dans la logique de leur hypothèse, de « réduire le ratio dette/revenu ». Comment ? Deux possibilités. La première est le désendettement. Classique mais insuffisant : en effet, pour certains il est difficile de se désendetter car « les travailleurs continuent à recevoir une part réduite du revenu national ». Deuxième possibilité : opérer « un redressement des revenus des travailleurs - résultant par exemple d’un renforcement de leurs droits de négociation – qui leur permet de se désendetter progressivement grâce à leurs salaires ».


Et l’article de conclure « Rétablir l’égalité en redistribuant les revenus des riches aux pauvres ne plairait pas seulement aux Robin des bois du monde entier : cela pourrait aussi épargner à l’économie mondiale une autre crise majeure ».


Certes, ce type de démonstration peut paraître un tantinet superflu. Franchement, annoncer que les pauvres doivent gagner plus pour ne pas être obligés de s’endetter et/ou être en capacité de rembourser leurs dettes… « faut pas être sorti de St Cyr », comme disait ma grand mère. Mais peut-être faut-il en passer par là pour faire entendre un certain nombre d’évidences, qui plus est dans l’une des plus hautes instances économiques et financières internationales.

Faire paraître de telles propositions !!! Mais que fait le patron du FMI pour faire taire ces dissidents ? (Pour info, Romain Rancière est membre des "économistes atterrés")