Article édifiant dans Le Monde du 4 décembre 2003, daté du 5 décembre: "Les recettes du berluscunisme". On croit faire un cauchemar. J'ai la Berlu, s'écria-t-il en voyant "Il Cavaliere" sur toutes les chaînes de télé, ici caressant les blondes têtes des bambini lors d'une visite à l'école primaire à l'heure des mamans, là trinquant avec les footballeurs du Milan AC, prêt à baisser son froc pour un concours de celui qui pissera le plus loin, ou encore dans une allocution devant un amphi plein à craquer de jeunes chefs d'entreprises convertis à la cause de "Forza Italia" et prêts à en découdre avec les taxes et les complications administratives qui entravent leur liberté d'entreprendre.

La berlusconite nous gagnera si l'on n'y prend pas garde. S'habiller simplement, parler simplement le langage des gens ordinaires tout en côtoyant (bien habillé, cette fois-ci) les plus grands (grands au sens médiatique du terme) comme messieurs G.W. Bush et V. Poutine (qui de mieux comme caution morale, sur la scène internationale vue des téléviseurs sur les chaînes à audience ?), parler "vrai" en méconnaissant le mot même de démagogie, "casser" de l'administration, de l'intellectuel, ignorer le débat politique, jouer de la personnification du pouvoir, de la mise en scène, de l'orchestration, du discours fougueux, de la concentration du pouvoir autour du chef... Tout cela me semble un regain de fascisme en bonne et due forme. Bien avant le fait que Berlusconi s'appuie en partie (mais pas seulement; c'est là que cela devient grave) sur un noyau d'électorat post ou néofaciste (c'est déjà condamnable en soit) il y a la constatation de ses méthodes de communication, de l'idéologie qu'il véhicule et qui consiste à ne pas en avoir (en apparence) afin de faire prévaloir "le concret" (surtout ne pas penser) ainsi que ses méthodes de gouvernement claniques voire centrées sur le chef me fait penser que le "berlusconisme" apparaît comme étant une variante moderne, développée, du "mussolinisme". Mais attention, Berlusconi est riche, très riche. Il possède la quasi-majorité des médias télévisés en Italie (les journaux, moins, mais son électorat ne lit pas ou peu) et, nous dit l'article du Monde, un institut de sondage lui permettant de mesurer en temps réel sa propre audience : des outils modernes que n'avait pas Mussolini pour entretenir et garder le pouvoir.

Bientôt sur nos écrans ? Je m'inquiète pour rien ?