Etonnant, non ?

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

lundi 17 novembre 2014

Fraude : mais que fait la police ???

Bonjour les ami-e-s !

Je viens de regarder le 20 heures de TF1. Eh oui. Mais rassurez-vous: ailleurs que sur la chaîne en béton, des grands journaux modérés, y compris dans certains milieux de la gauche décomplexée, titrent aussi la même chose...

Reportage sur les arrêts maladie injustifiés. Manque à gagner énorme pour la Sécurité sociale : c'est dit en millions d'euros. Évidemment c'est impressionnant.

Je me garderai bien de juger du bien-fondé ou non de ces arrêts maladie. Mais, bien sûr, le français moyen a beaucoup plus de chances d'être témoin d'une fraude aux Indemnités Journalières ou aux allocations chômage que d'une fraude à la T.V.A., à l'impôt sociétés ou aux cotisations sociales patronales. D'où, peut-être, l'effet amplificateur de l'information de TF1, délivrée sans aucun élément de comparaison...

En revanche, je suis allé faire un tour sur le site de la Délégation Nationale à la lutte contre la fraude (Ministère des Finances). Voici les estimations, toutes fraudes confondues :

  • Fraude aux Indemnités journalières de Sécurité sociale : 7,3 millions d’euros (2010)
  • Fraude aux allocations chômage : 76,3 millions d’euros (2008)
  • Fraude aux prestations sociales familiales : 808 millions d’euros (fourchette haute, 2008)
  • Fraude à l’impôt sur les sociétés : 4,6 milliards d’euros (2001)
  • Fraude à la TVA : 7 milliards d’euros (fourchette basse, 2008)
  • Fraude aux cotisations sociales (travail illégal) : 11,7 milliards d’euros (fourchette basse, 2009)

Voir les chiffres sur le site du ministère des Finances

Ou sur le site de l’Expansion (pour le chômage).

Étonnant, non ?

jeudi 6 novembre 2014

Le parti-pris de l'érudition : tradition et modernité

Chers ami-e-s

Pour une fois, on pourrait m'accuser de modération... Eh oui, vieillesse oblige...

Abdelwahab Meddeb est décédé aujourd'hui le 6 novembre 2014. Intellectuel, universitaire, poète, essayiste, défenseur d'un islam débarrassé de l'islamisme, il a animé depuis 1997 "Cultures d'islam", sur France Culture.

Avec un secret espoir que l'intelligence l'emporte sur l'idéologie, l'universalité sur les particularismes bornés, une certaine convergence des cultures.

M. Meddeb, vous avez été insupportable dans vos émissions du vendredi, à reprendre ou précéder, élargir, éclaircir les propos de vos invités, Vous avez été une montagne d'érudition et de sagesse. C'était comme si, chaque vendredi, un invité vous faisait parler dans votre propre émission. J'imagine que ce ne fut pas facile pour eux-elles...

Tunisien d'origine, vous avez été un peu critiqué pour vos craintes au moment de la révolution de 2011 en Tunisie, craintes qui étaient pour vous celles de voir l'obscurantisme prospérer. Heureusement, vous aurez pu vivre, ces dernières semaines, l'évolution politique de ce pays, et l'échec des populismes islamo-politiques...

En lien avec une actualité brûlante, nous retiendrons -entre nombreux autres- votre ouvrage "Histoire des relations entre juifs et musulmans des origines à nos jours", avec Benjamin Stora, (éd. Albin Michel, Paris, 2013).

Votre dernière émission sera diffusée sur France Culture; demain vendredi 7 novembre 2014. France Culture qui rend un hommage à cet érudit universel.

samedi 21 janvier 2012

Pierre Bourdieu : dix ans et toutes ces dents (contre lui)...


Curieux anniversaire que celui de la dixième année de la disparition de Pierre Bourdieu.


Loin de faire le rapprochement entre le sociologue et le communisme, il me vient tout de même une citation d’un texte qui avait fait l’objet de lectures publiques au Théâtre des Célestins à Lyon il y a quelques années, Le silence des communistes, de Vittorio Foa, Miriam Mafai et Alfredo Reichlin (Ed L’Arche, 2007) : "Le communisme est terminé et l’anticommunisme continue à faire rage, non comme tentative de pensée mais comme insulte, non comme recherche mais comme agression. Pourquoi tout cela ? L’anticommunisme tapant dans le vide n’est-il pas de la peur ? Pourquoi a-t-on peur ? Et de quoi ?"


Beaucoup de postures, d’attitudes encore défensives face à un sociologue qui, même mort depuis dix ans, agite encore des débats plus passionnés que critiques, loin du consensus respectueux de circonstance qui caractérise couramment les commentaires post mortem. Connaîtrons-nous pareils débats au dixième anniversaire de la mort de Claude Lévi-Strauss ? Sûrement pas.


Quelques beaux hommages scientifiques écrits sont à signaler dans le numéro hors-série que propose la revue Sciences Humaines (février-mars 2012), même si une bonne partie des articles -principalement ceux qui sont d’ailleurs signés par des journalistes de la revue- ne cachent pas une certaine amertume de se sentir encore jugés par le spectre du sociologue qui, dix ans après, reviendrait hanter leur salle de rédaction en les traitant de « demi-savants ». Quelques sociologues livrent néanmoins dans ce numéro des articles beaucoup moins épidermiques, et davantage scientifiques, au sens d’une critique constructive. Bernard Lahire, François de Singly notamment, proches de Pierre Bourdieu au début de leur carrière et dont ils s’éloignèrent par la suite. Cela n’empêche pas leur critique raisonnée et dépassionnée. Un "respect critique", selon les mots de Philippe Corcuff qui conclut ainsi :"Avec Bourdieu, contre Bourdieu : c'est peut-être toujours une façon de penser à partir de Bourdieu".


Si la distance qui sépare la sociologie de l’anthropologie est ténue -Pierre Bourdieu était à la fois, dans les années soixante, sociologue dans le Béarn et anthropologue en Kabylie- alors celui-là a été un grand sociologue et un grand anthropologue. La médaille du Royal Anthropological Institute de Londres lui avait été décernée en 2000, après notamment James Frazer en 1916, Marcel Mauss en 1938, Robert Lowie en 1948, ou Claude Lévi-Strauss en 1965. Sans doute pas par hasard. Il y avait prononcé une conférence qui reste une référence.

samedi 26 novembre 2011

Zoophilie et classes sociales


Le Monde.fr nous fait part aujourd’hui d’une « étude brésilienne, parue le 24 octobre dans The Journal of Sexual Medicine, consacrée aux pratiques zoophiles masculines ». L’étude a été menée par des médecins dans les régions rurales et pauvres du Brésil. Sur 492 hommes de 18 à 80 ans issus de ces régions, 118 d'entre eux étaient atteints d'un cancer du pénis et concomitamment, près de 35 % des sujets interrogés « ont reconnu avoir forniqué avec un animal ou plusieurs ». Et l’article du Monde de préciser : « Dans l'ordre des favori(te)s, on trouve en premier les juments, suivies des ânesses, des mules, des chèvres, des poules, des veaux, des vaches, des chiens et chiennes, des moutons et brebis, cochons et truies ».


Mais curieusement, le bœuf ne figure pas dans la liste. Visiblement cet animal noble semble être l’objet des fantasmes sexuels des classes moyennes et supérieures. Et oui, qui a dit que la zoophilie était l’apanage des sociétés reculées, rurales et pauvres ? En ce moment-même sévit en plein Paris, sur France Culture, l’émission « On ne parle pas la bouche pleine » (émission gastronomique du samedi midi, on ne peut plus bobo). Valérie Solvit y fait l’éloge de la queue de bœuf. Avec une voix sensuelle, elle souligne qu’il faut plusieurs queues de bœuf car « l’os prend beaucoup de place au milieu », et puis « elle se termine très petite ». Elle explique la manière dont elle la prépare la veille ou l’avant-veille. Parce que « ce sont des plats qui on besoin d’être reposés, fatigués, recuits, reposés… enfin c’est mon plaisir ». Toutefois, elle avoue son dilettantisme en cuisine parce que, dit-elle « je suis un peu coquine et paresseuse ». Et l’émission enchaîne sur la chanson de Serge Gainsbourg : « je pense queue… j'adore les cadors, les petites chiennes en calor, j'les prends ces petites bébêtes, teckel chow-chow en levrette … »


Allez, bonne journée. On n’arrête pas le progrès.

mardi 1 novembre 2011

Hold-up de trente minutes d'antenne sur France Culture : Finkielkraut présumé coupable


Dans son émission hebdomadaire du samedi Alain Finkielkraut recevait le 29 octobre dernier Pierre Rosanvallon, Professeur au Collège de France (Chaire d’Histoire moderne et contemporaine du politique), docteur en sciences de gestion, en histoire et en lettres et sciences humaines et auteur du récent ouvrage « La société des égaux ». Après « la Contre-démocratie » et « la Légitimité démocratique », son dernier livre analyse, toujours avec une mise en perspective historique très érudite, des thèmes tels que la démocratie, les inégalités, la solidarité, l’Etat Providence… Bref, la « question sociale », son univers de prédilection.


Samedi dernier, donc, Alain Finkielkraut annonce ainsi le thème de son émission : « La Révolution française a mis avec éclat l’égalité aux principes du vivre ensemble ». Après avoir cité l’article premier de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, le philosophe-interviewer enchaîne : « nous sommes les héritiers de cette fière déclaration mais savons-nous entretenir cet héritage ? ». Jusque là, tout semble encore « normal », c’est-à-dire peu ou prou en rapport avec le livre de P. Rosanvallon.


Mais voilà qu’après 15 minutes d’émission, Pierre Rosanvallon a le malheur d’expliquer qu’il faut faire une différence entre l’idée d’égalité et celles d’indistinction, d’identité (au sens d’identique), d’homogénéité. On entend nettement qu’au mot identité, prononcé par Rosanvallon, Finkielkraut réagit par un léger « ouais » qu’il n’a pas sans doute su étouffer. On pressent qu’il va intervenir. En effet : il cite d’abord un texte d’un philosophe tocquevillien (transition facile pour enchaîner sur Rosanvallon) et fait ainsi entendre à la suite les termes nation, passé, Renan, immigration… Puis il reprend le débat sur une autoroute qu’il s’est ouverte lui-même au moyen de la citation précédente. « Nous sommes absolument dans le registre de l’identité. Celle-ci est contestée de plus en plus, bouleversée aussi par une immigration de peuplement comme la France et l’Europe n’en avaient jamais connu » assure-t-il.


A environ 20 minutes du début de l’émission, Pierre Rosanvallon tente de rectifier : « attention, attention, une grande partie de ma réflexion sur l’identité fait soigneusement la distinction entre une identité de rejet et une identité démocratique, de construction du monde commun ». A 26 minutes du début de l’émission, Finkielkraut continue sur le même registre, il enfonce le clou en citant le livre « Les territoires perdus de la République » (c’est-à-dire les banlieues). Ce livre « interpelle notre identité » soutient-il.

Ce n’est qu’à 15 minutes de la fin de l’émission que Finkielkraut se remet à parler d’égalité (plus précisément à demander à Pierre Rosanvallon pourquoi il n’a pas fait dans son livre une « critique de l’idéologie égalitaire », mais bon, passons, ça au moins c’était dans le sujet).


J’avais déjà dit dans un billet de 2005 combien ce M. Finkielkraut me paraissait pour le moins obscur dans ses analyses en matière d’identité, de nation, voire de race. Combien il me paraissait également crispé sur ces questions. Dans cette émission de samedi, il aura réussi à voler 30 minutes d’antenne pour imposer les termes d’un débat hors sujet mais qui visiblement lui tient à cœur.


En passant, cela a permis de constater que Pierre Rosanvallon semble avoir retrouvé une ligne politique plus affirmée, plus engagée. Et ça, c’est une bonne nouvelle. Y aurait-il urgence avant mai 2012 ?

mardi 11 octobre 2011

Qui se fout de la gueule de qui ?


En ces temps de suspicion à l’endroit des patrons voyous, il convient de souligner et de saluer la rigueur de la société Sécuritas qui, en toute observance de la règle Sarkozy, a procédé au partage des bénéfices entre ses actionnaires et ses salariés.


150.000€ à partager entre 20.000 salariés, en respectant le dispositif Sarkozy, celui qu'il avait expliqué dans son discours en Avril 2011, lors de l’Assemblée Générale des Maires des Ardennes.


"J’ai demandé au Gouvernement de préparer un dispositif qui fera en sorte que tout le monde sera associé à la reprise…. Je m’explique : comment voulez-vous qu’un ouvrier des Ardennes comprenne qu’après lui avoir demandé d’amputer son salaire parce qu’y avait pas assez d’activité (il est comme ça le Président, il parle le langage du peuple) et d’avoir été au chômage partiel, comment voulez-vous qu’y comprenne qu’en 2010, 86 milliards d’euros ont été distribués aux entreprises du CAC 40, aux actionnaires. Très bien ! Moi je souhaite que toutes les entreprises fassent du bénéfice. Et je souhaite que tous les actionnaires aient la juste récompense de leur investissement. Mais si y a 86 milliards d’euros à distribuer aux actionnaires, doit y en avoir une petite partie aussi à distribuer aux salariés".


Dont acte. François Baroin met en place le dispositif. Xavier Bertand assure le marketing : "Pour certaines c'est 150 euros, d'autres 200, d'autres 600 mais entre nous c'est mieux que rien. S'il n'y avait pas eu cette loi, on ne toucherait rien du tout".


La Société Sécuritas, fidèle aux termes du dispositif, verse, il y a quelques jours, 3,50 euros de prime à chacun de ses 20.000 salariés.


Puis c’est le buzz. Tout le monde en parle. Les salariés en question, les médias et… Xavier Bertrand, qui s’offusque de ce montant ridicule (au journal de 19h30 de ce soir sur France 3).


Les salariés fustigent Sécuritas "ils se foutent de notre gueule". Pourtant Sécuritas respecte la loi. Qui se fout de la gueule de qui ? C’est vrai, notons bien, que Sarkozy, dans son discours volontariste des Ardennes avait bien dit "si y a 86 milliards d’euros à distribuer aux actionnaires, doit y en avoir une petite partie aussi à distribuer aux salariés". Une petite partie…


2012 approche, virez-moi ces guignols.

dimanche 4 septembre 2011

Anosognosie et rémissions de télévision


Une fois n'est pas coutume, la page médicale du journal télévisé de vingt heures sur France 3 fait les grands titres, Ce soir, on apprend ce que peut bien être l'anosognosie.


Figurez-vous que c'est un symptôme particulier de la maladie d'Alzheimer. D'après le professeur L. Cohen, Neurologue à l'hôpital de la Pitié-Salpètrière, ce symptôme se manifeste en ces termes : "On demande à quelqu'un comment ça va, comment va votre mémoire ? Il vous répond ça va bien j'ai pas de problèmes particuliers... c'est quelqu'un qui apparemment n'a pas conscience des problèmes qu'il a".


Prenez Jacques Chirac, par exemple. Chacun sait qu'il souhaite que son procès aille à son terme. Mais quelques uns ne l'entendent visiblement pas de cette oreille. Les médecins sont formels : anosognosie.


Un épisode douloureux était déjà venu illustrer la terrible maladie qui s'est emparée de l'ancien chef de l'Etat. C'était en Corrèze le 11 juin dernier. Devant un parterre de journalistes, M.Chirac s'était exclamé "Moi, je vote Hollande". L'homme avait déjà subi une alerte lorsque, dans son deuxième tome des ses "Mémoires", un livre sorti il y a quelques mois, il taclait en bonne et due forme M.Sarkozy.


De peur qu'une nouvelle crise s'empare de lui lors de son procès, s'accorde-t-on pour dire qu'il ne semble en effet pas raisonnable de le laisser parler ? Renaud Muselier, par exemple, médecin, député et 1er adjoint au maire de Marseille, nous livre son diagnostic médical assez approfondi : "...ressortir une vieille histoire comme ça depuis très longtemps chez un homme qui n'a pas d'avenir politique... je trouve que pour l'ancien président de la République c'est pas une bonne chose".


Cette maladie n'est pas rare en politique, ni spécifique à l'UMP. Il y a quelques temps, en effet, M.Rocard avait estimé que DSK souffrait d'une "maladie mentale". Mais, après examen médical approfondi, M.Rocard aurait été dépisté positif à l'anosognosie. Il s'est d'ailleurs excusé, dans un court épisode de rémission (atténuation temporaire des symptômes d'une maladie ou d'une manifestation pathologique).


2012 approche. Virez-moi ces guignols.

lundi 14 mars 2011

Savons-nous distinguer les pragmatiques des utopistes ?


Sur Europe 1, ce matin à 8h20, à la question de Jean-Pierre Elkabbach « est-ce qu’on peut se passer du nucléaire ? », la ministre de l’Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet répond « Moi je crois pas qu’on puisse et qu’on doive se passer du nucléaire qui reste une énergie décarbonée qui, quand on maitrise bien sa sûreté, reste une bonne énergie. Je pense aussi qu’on ne peut pas du jour au lendemain passer aux énergies renouvelables. »

Même son de cloche du côté du PS. Dans un article du Monde.fr d'aujourd'hui, le porte-parole du PS, Benoît Hamon, a, pour sa part, déclaré sur RTL : "On ne peut pas sortir du nucléaire du jour au lendemain". Selon lui, "nous nous devons d'avoir d'ici trente ans un mix énergétique fondé sur la sobriété et les renouvelables, dans lequel la part du nucléaire a vocation à diminuer". Si c'est pas du pragmatisme, ça aussi ...


C’est vrai que si on s’y était engagé avant, on n’en serait pas là aujourd’hui. Mais il n’est pas trop tard. Des scénarios alternatifs existent : ici ou ...


Et il est profondément malhonnête de la part des pro-nucléaires et des « pragmatiques » de tous poils, d’avancer cet argument du genre « on ne peut pas le faire du jour au lendemain » alors que, en France par exemple, les premières manifestations contre l’énergie nucléaire ont eu lieu en 1971 et que la technologie des énergies douces et renouvelables a fait ses preuves depuis longtemps.


Qu’on se rassure, pour les énergies renouvelables, ce serait plutôt « on ne peut pas le faire du jour au surlendemain », car « rangez les éoliennes ! Au placard l'énergie solaire ! Oubliées nos bonnes résolutions en termes d'émissions de CO2. Nous sommes sauvés : voici le gaz de schiste... » ironisait Laurent Carpentier dans un article du Monde.fr en janvier dernier. Et d’ajouter « En France, Jean-Louis Borloo, pourtant déclaré champion des énergies renouvelables, a signé en mars 2010 trois arrêtés autorisant leur recherche sur de vastes territoires qui s'étendent du Larzac à la Drôme en passant par les Cévennes et l'Ardèche... Et mis ainsi le feu aux poudres. Sur les Causses où la résistance s'organise, on se demande encore ce qui leur a pris de choisir ces hauts-lieux de révolte et de combat pour lancer l'exploration. Par naïveté ou par calcul ? ».


Il ne s’agit pas dans ces lignes de récupération politique d’un drame qui se déroule au Japon mais d’une réponse à celles et ceux du monde politique pour lesquels ce débat nucléaire/énergies renouvelables n'est pas aujourd'hui à l'ordre du jour, pour cause de "priorité" comme le dit Madame la Ministre où par "décence" comme le dit le PS, par la voix de Najat Belkacem. Certes. Mais ce type de réaction brandissant l’urgence comme priorité est aussi un grand classique en politique quand on ne veut jamais aborder les questions de fond.

dimanche 6 mars 2011

On peut toujours rêver !


M. Fillon veut « mettre notre fiscalité au service du travail ». Ces quelques mots, extraits du discours du Premier ministre le 3 mars 2011, inaugurent ce qui est présenté comme une vaste réflexion sur la fiscalité en France, mais qui risque bien de se terminer, in fine, par une réforme(tte ?) de l’Impôt de Solidarité sur la Fortune et une suppression du bouclier fiscal.


Le montant de patrimoine détenu et qui déclenche l’ISF, aujourd’hui 800.000€, serait relevé à 1.300.000€ croit-on savoir (notamment le journal Le Monde du 4 mars dernier). Et ce afin de « sortir de l’imposition sur la fortune les 300.000 foyers qui y sont entrés depuis dix ans essentiellement à cause de la flambée des prix de l’immobilier », selon M. Fillon. Ceux qui « basculent » dans l’ISF, nous disait déjà M. Marini, quelque temps auparavant dans un article de l’Humanité.


Tiens, puisqu’on parle de patrimoine, ça me fait penser à une étude de l’INSEE en 2004, reprise récemment dans un dossier d’Alternatives économiques de janvier dernier, intitulé « Le retour des héritiers ».


D’abord, définir ce qu’est le patrimoine, au sens de l’INSEE : l’ensemble des biens immobiliers, financiers et professionnels des ménages (c'est-à-dire résidence principale, secondaire(e)s, produits de placement comme livret A, assurance-vie, actions… principalement).


Ainsi donc, selon l’INSEE, en 2003, les 10 % d'individus aux patrimoines les moins élevés détiennent un patrimoine moyen de 354€ (c’est un chiffre moyen, cela veut dire que, dans ces 10% d’individus, peu de gens ont un petit bien immobilier et beaucoup n’ont rien du tout). Alors que, à l’autre extrémité de la population, les 10 % d'individus aux patrimoines les plus élevés détiennent un patrimoine moyen de 755.406€ (là aussi, c’est une moyenne). Lorsqu’on compare ces deux moyennes, on observe que le montant moyen des patrimoines détenus par les 10% qui possèdent le plus est 2.134 fois plus élevé que celui des 10% qui possèdent le moins…


Autre constatation : entre 1997 et 2003, le patrimoine moyen des 10% qui possèdent le plus a augmenté de 202.748€ (+37%), alors que, pendant le même temps, celui des 10% qui possèdent le moins a augmenté de 15€ (+4%). Non, c’est bien quinze euros. Il n’y a pas d’erreur de frappe.


Mystère : plus le patrimoine est important, et plus il augmente de façon importante.


Encore une autre constatation : les personnes qui ont le revenu le plus élevé sont aussi celles qui ont le patrimoine le plus élevé. C’est la tendance évidente que révèle l’INSEE, dans une autre étude (Revenus et patrimoines de ménages, 2010).


Là, convenons qu'il n'y a point de mystère : plus on a de revenus, plus ont est en capacité d’acquérir du patrimoine.


Autre constatation : toujours selon l’INSEE, près du quart des revenus des 10% des personnes ayant les plus hauts niveaux de vie (revenus plus prestations sociales moins impôts) sont des revenus du patrimoine (revenus immobiliers, revenus des placements…). Pour ces personnes, la part de revenus du patrimoine dans leurs revenus totaux est nettement supérieure à celle des autres catégories de personnes (les 90% de la population). De même, ces 10% ont des revenus d’activité nettement moins importants, en proportion, par rapport aux autres.


Question : ces 10% forment-ils une catégorie de rentiers ?


C’est l’INSEE, encore et toujours, qui nous apprend dans une autre étude de 2007 (« Les très hauts revenus : des différences de plus en plus marquées ») que, entre 2004 et 2007, les revenus d’activité (travail principalement), ont progressé de 11%. Dans le même temps, les revenus du patrimoine ont progressé de 46%...


Résumé :
a) plus on a de revenus, plus on a de patrimoine


b) plus on a de patrimoine et plus la part des revenus provenant du patrimoine est élevée,


c) plus la part des revenus provenant du patrimoine est élevée et plus on a de chances de voir son revenu global augmenter plus vite qu’en travaillant (car les revenus du patrimoine progressent 4 fois plus vite que les revenus d’activité)

d) donc, plus on a de patrimoine plus on a de revenus

e) finalement : plus on a de patrimoine, plus on a de patrimoine



Et puis pour cette « classe moyenne » dont nos représentants politiques se sont toujours fait les ardents défenseurs : pas de panique ! Il est simplement question de relever le seuil de déclenchement de l’ISF : au lieu d’être taxé à partir de 800.000€, on le sera à partir de 1.300.000€. Ce qui est rigolo, et tout le monde l’aura noté, c’est que ce seuil de 800.000€ ne concernait déjà en rien les « classes moyennes qui basculent dans l’ISF » mais seulement les 10% de la population détenant les patrimoines les plus élevés (755.406€ en 2003) !!!


Est-ce vraiment cela, M. Fillon, « mettre notre fiscalité au service du travail » ?


En tous cas, dans son discours du 3 mars dernier, M. Fillon assure que lui et sa famille politique ne veulent pas « d’une France où les classes populaires ne pourraient plus rêver d’accéder au statut des classes moyennes et où les classes moyennes au statut des classes supérieures ».


Tout un programme. Effectivement, on peut toujours rêver.

mercredi 23 février 2011

Le camarade Marini en appelle à la justice sociale et à la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen


Synthèse pragmatique de Philippe Marini (sénateur UMP et rapporteur général de la commission des finances du Sénat) dans l’Humanité du 19 février dernier à propos de l’ISF (Impôt de solidarité sur la fortune) : « il vaudrait mieux abroger cet impôt ».


C’est vrai, quoi ! A cause de cet impôt inquisitoire, les riches sont obligés « de se mettre à nu devant l’administration fiscale ». A cause de tant d’atteinte à l’indignité humaine, ils en sont réduits à émigrer et demander asile, dans des pays fiscalement plus accueillants. Les patrons sont bridés : il serait « fréquent » de les voir « limiter la croissance de leur entreprise ». Puis enfin, le taux de cet impôt est « prohibitif » : de 0,55% à 1,8% (là c’est nous qui avons rajouté le 0,55% car M. Marini n’évoque que le 1,8% et oublie de dire que cet impôt est progressif)…


Pis ! Selon les mots du sénateur, l’ISF ne « frappe pas que les contribuables « fortunés », loin s’en faut ». Et le rapporteur de dénoncer en particulier l’évolution des prix de l’immobilier, faisant « basculer » dans l’ISF de nombreux propriétaires de leur logement. Remarquez que les prix de l’immobilier qui grimpent, ils seront bien contents d’en profiter à la revente de leurs biens ou s’ils transmettent ce patrimoine par héritage, et avec lui ses plus-values potentielles. Bref, il faudrait donc supprimer cet impôt dit M. Marini, c’est « l’économie et la justice sociale qui y gagneraient ».


Prenons les chiffres du Figaro.fr, pour être parfaitement objectif. Dans un article du 20 janvier dernier, le journal annonçait que « les 10 % les plus riches en terme de revenus captent 30 % du patrimoine total, tandis que les 10 % les plus riches en terme de patrimoine captent 50 % du patrimoine total ». Ce que soulignent ces chiffres cités par le Figaro, c’est d’abord une certaine inégalité de répartition du patrimoine, bien sûr, mais c’est surtout l’effet d’accumulation du patrimoine. « De fait, près d'un tiers du patrimoine d'un ménage-type de 50 ans lui a été transmis par succession et donation. » conclut l’article du Figaro.fr. Ce qui conduit le journal à estimer que, « on le voit, la détention de patrimoine reste très inégalitaire ».


Entre un journal révolutionnaire qui dénonce l’inégalité dans la détention du patrimoine et un camarade Marini qui, au nom de la justice sociale, veut abroger cet impôt, des idées de révolution fiscale nous viennent… Je dis camarade Marini parce que les sociologues Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon disent que la classe sociale des riches est celle qui, plus que les ouvriers, a la meilleure représentation d’elle-même en termes d’individus et d’intérêts collectifs.


Au final donc, le camarade Marini s’interroge sur le sens des choses. Témoin cette phrase profonde dans son papier paru dans l’Humanité : « Il serait (…) opportun de s’interroger sur le sens d’un impôt détesté par la quasi-totalité de ses redevables ». Si je peux me permettre d’avancer une modeste hypothèse, bien que je n’aie pas étudié la philosophie, ni fait ou consulté d’enquête sérieuse au préalable sur ce sentiment qu'auraient les personnes soumises à l'ISF, je crois que les redevables de cet impôt ne l’aiment pas car c’est pour eux une dépense. Enfin, une charge. Oui, quoi, des sous en moins. Bref ça coûte. Et tout laisse à penser qu’ils seraient assez disposés à ce qu’on supprime cet impôt justement pour leur éviter une dépense supplémentaire. Mais peut-être que je me trompe.


En tous cas, le camarade Marini, pour justifier qu’on supprime cet ISF détesté par ses redevables, en appelle à la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 lorsqu’il invoque « le libre consentement à la contribution publique ». Sauf que le citoyen Marini a la vue basse. Si on remonte quelques lignes avant, à l’article 13, on lit aussi dans cette Déclaration de 1789 : « Pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses d'administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés. »

vendredi 18 février 2011

Le pouvoir des fleurs


« Je m'souviens on avait des projets pour la terre
Pour les hommes comme la nature
Faire tomber les barrières, les murs,

Fallait voir
Imagine notre espoir
On laissait nos cœurs
Au pouvoir des fleurs
Jasmin, lilas,
C'étaient nos divisions nos soldats
Pour changer tout ça

Changer le monde
Changer les choses avec des bouquets de roses
…»
(« Le pouvoir des fleurs », Souchon-Voulzy)


Bien sûr, rien n’est acquis. Bien sûr, l’heure n’est pas encore au bilan. Mais en attendant, il y a quelque chose qui a changé depuis que les Tunisiens et les Égyptiens ont dit « non ». Stop. Fermement. Presque tranquillement. Ils nous ont montré comment on fait une révolution proprement. Sans méconnaître le bilan en pertes humaines, on est loin, très très loin des craintes de nombreux « modérés » pour lesquels la tradition politique veut qu’il faut toujours se méfier des mouvements du « peuple ». Ils invoquent souvent la Révolution Française et les atrocités de la Terreur, la révolution Russe et les horreurs du Goulag. Soit, il n’est en rien question de nier tout cela. Mais la ficelle devient un peu grosse. Le temps a passé. Peut-être que « les peuples » ont changé ? En tous cas, ce matin, je me suis levé en pensant à ces Égyptiens et aussi les autres qui manifestent en ce moment. Avec un énorme respect.


Des reportages TV et des vidéos qui circulent sur le Net montrent les manifestants qui s’affairent sur la place Tahrir : ils nettoient la place au balai et à la pelle, repeignent ou réparent le mobilier urbain ou les bâtiments abimés. Certains plantent des fleurs. Ils ont pris en main leur pays. Ils en prennent soin.


Un peu plus au Nord, hier, sur les places principales de différentes villes flamandes et wallonnes, on a vu manifester des étudiants pour réclamer un gouvernement. Et oui, la Belgique, nous dit-on (journal de 13 heures hier, France 2), détient le « triste record, celui de la plus longue crise politique du monde ». Mais, est-on tenté de penser, est-ce vraiment le peuple belge qui est divisé ? Non, à en croire cette étudiante interviewée à Gand : « On s’adore, on s’entend. Tout le monde cohabite. On n’a aucune rancune les uns envers les autres. ». C’est quoi le problème ? L’envoyé spécial de France 2 nous explique même qu’« aussi incroyable que cela puisse paraître, la Belgique ne va pas si mal que ça. La croissance est ici plus forte que dans le reste de la zone euro ». On serait presque tenté de se dire : pourquoi un Gouvernement, alors ? Mais c’est une autre histoire…


Ailleurs, en Iran, par exemple, c’est le pouvoir en place qui a besoin du peuple (enfin d’une partie du peuple) et qui appelle la population à manifester aujourd’hui contre les opposants au régime d’Ahmadinejad.


Décidément ces peuples… ce peuple. Allez, entre nous, on serait pas tous « un peu frères » ?


En me réveillant ce matin j’avais ça en tête, va savoir...


« Tape sur nos systèmes
L'envie que tout le monde s'aime
Le soleil donne
Ce vieux désir super
Qu'on serait tous un peu frères
Le soleil donne
Le soleil donne
De l'or intelligent
Le soleil donne
La même couleur aux gens,
La même couleur aux gens gentiment. »

(« Le soleil donne », Souchon-Voulzy)


Bonne journée.

mercredi 16 février 2011

Le Top 3 des métiers les plus féminisés


Alternatives économiques sort son hors-série annuel « L’état de l’économie 2011». Au passage, en page 64, « Hommes et femmes face à la crise », article de Marion Cochard, Françoise Milewski et Hélène Périvier.


Les auteures soulignent notamment que « la montée du chômage a particulièrement touché les hommes, nettement plus nombreux dans le bâtiment et l’industrie, secteurs très sensibles à la conjoncture économique ». Si les femmes ont relativement été – pour l’instant – épargnées par le chômage, l’hebdomadaire rappelle à cette occasion « un marché du travail déséquilibré », résultat de la forte segmentation sexuée du travail.


En 2006, une étude de l’INSEE signalait déjà que si « la présence des femmes sur le marché du travail continue d’augmenter et se rapproche de celle des hommes », en revanche, « les différences de répartition des hommes et des femmes selon les métiers ont toutefois tendance à se maintenir, malgré les importantes transformations de l’emploi. »


L’augmentation des emplois liés aux services à la personne n’y est pas pour rien. L'Agence Nationale des Services à la Personne (établissement public sous la tutelle du ministère de l'Économie, de l'industrie et de l'emploi) n’est pas avare de satisfécits sur les effets sur l’emploi du Plan de développement des services à la personne lancé en juillet 2005 par M. Borloo.


Hormis le fait que le secteur des services à la personne soit parmi ceux où l’on trouve le plus grand nombre de contrats précaires (C.D.D, temps partiels) et particulièrement mal payés, il comprend en particulier des emplois pour lesquels les taux de féminisation sont parmi les plus forts.


En fait les femmes n’auraient-elles pas globalement été moins touchées par la vague de chômage de l’après-crise financière, l’étant déjà de manière récurrente, et depuis longtemps, sous forme de travail à temps partiel pas toujours choisi ?


Les trois auteures de l’article d’Alternatives Économiques soulignent, non sans malice, que le développement de certains emplois liés aux services à la personne et/ou au travail ménager a permis d'ouvrir le marché du travail à beaucoup de femmes « mais pour y reproduire des tâches qu’elles effectuaient auparavant dans la sphère privée ». Gageons, pour aller plus loin, que, sans doute, le fait d’entrer sur ce marché du travail ne les a pas dispensé pour autant de continuer d’effectuer, en plus de leur travail, les mêmes tâches à la maison…


Et tiens, puisqu’on en parle, voici le « Top 3 » des métiers les plus féminisés (à consulter dans l’étude de l’INSEE signalée ci-avant) :

  • Assistants maternels : 99% de femmes (à noter : le métier d'assistant paternel n'est pas répertorié)
  • Employés de maison : 98% de femmes
  • Secrétaires (ex-æquo avec les secrétaires de direction) : 97% de femmes

Sans commentaires.

mercredi 9 février 2011

La situation est grave, on dirait…



Il y a quelques jours, juste après la parution du rapport annuel de la Fondation Abbé Pierre sur le mal logement, « le secrétaire d'Etat au Logement Benoist Apparu a reconnu mercredi que la situation du logement en France était "grave" » indique une dépêche de l’Agence France Presse du 2 février. A l’appui, l’AFP cite cette phrase magnifique de Benoist Apparu, secrétaire d’Etat au Logement, entendue le même jour sur France Culture:

« J'admets que la situation est grave mais je n'admets pas que la situation est de plus en plus grave. A l'inverse, je ne voudrais pas dire que la situation s'améliore, mais en tous cas ce gouvernement a pris la mesure de la situation ».

Un gouvernement qui a pris la juste mesure d’une situation dont tout semble raisonnablement indiquer qu’elle lui apparaît comme étant assimilable à ce qu’on pourrait qualifier, sans exagération ni catastrophisme, de situation relativement mais quasiment identique à un état de gravité. Sans, bien entendu, qu’on puisse néanmoins l’y assimiler totalement, mais sans qu’on puisse non plus s’en écarter radicalement.

dimanche 6 février 2011

Les rumeurs du "monde Arabo-Musulman" ?



Bien qu’elle soit titrée « Situation politique dans le monde Arabe » sur le site Internet de France Culture, Jean Marie Colombani annonce ainsi son émission « La rumeur du monde », samedi 5 février : « Y a-t-il un printemps des peuples dans le monde arabo-musulman ? »

D’emblée, Jean-Marie Colombani voit large. On reconnaît là le type même d’émission traitant « des-grands-sujets-de-ce-monde », où l’on aborde posément les questions avec recul, mise en perspective, hauteur, modération, intelligence et érudition, bref : on est loin du sensationnalisme et de l’agitation populaire du « vingt heures ».

M. Colombani voit large, en effet, car enfin qu’est-ce que le « monde arabo-musulman » ? Pour démarrer son émission, il cite « la révolution Tunisienne, la révolution Egyptienne, des mouvements en Jordanie, des mouvements en Syrie, des mesures de précaution en Algérie ». Mis à part que ces quatre ou cinq pays sont des pays de langue arabe et qu’une bonne partie de leur population soit de confession musulmane, pour autant, peut-on parler de « monde arabo-musulman » ?

D’une part, ne faut-il pas rappeler que l’Islam compte moins d’un milliard et demi de fidèles dans le monde dont une minorité d’entre eux parlant arabe : 20 à 25% ? « Sur un total d’1,3 milliard de musulmans environ, 930 millions à peu près vivent en Asie, dont 240 millions au Moyen-Orient (Croissant fertile, Iran, Péninsule arabe et Turquie) et 690 millions environ en Asie méridionale centrale, 320 millions résident en Afrique, dont 130 environ en Afrique du Nord et 190 en Afrique sub-saharienne. L’Amérique du nord ne compte guère plus de 5 millions de musulmans et l’Amérique latine un million et demi », rappelle le Groupe d'études et de recherches islamologiques de l'Université Marc Bloch de Strasbourg. Dès lors, en quoi le cas de la Tunisie, de l’Egypte, de la Jordanie, de la Syrie et de l’Algérie seraient représentatifs d’un « monde arabo-musulman » ?

D’autre part, sur le concept même de « monde arabo-musulman » : pourquoi l’employer aujourd’hui ? Sauf à rappeler l’époque des conquêtes parties d’Arabie et entamées par Mahomet au VIIème siècle ? Elles se poursuivent jusqu’au Xème siècle et, pour le coup, on peut parler clairement de l’épopée « arabo-musulmane » tant Islam (une religion) et Arabie (un pays ; très grossièrement l’actuelle Arabie Saoudite) sont imbriqués. Mais aujourd’hui, peut-on encore parler avec pertinence géopolitique du « monde arabo-musulman » ?

Tiens, au fait, avez-vous vu la couverture de l’hebdomadaire __« Le Point »__ : photo d’une jeune femme portant le foulard, manifestant en tenant le drapeau Egyptien à la main ? L’hebdomadaire titre : « Egypte, Tunisie, Algérie… LE SPECTRE ISLAMISTE, avec en sous-titre : Fantasmes et réalités – Ce que la France risque – La vérité sur les Frères musulmans ».

Ce que la France risque ? De « jolis » scores électoraux en 2011 et 2012 de toutes sortes de tendances politiques xénophobes confondues, et pas forcément que des votes de classes populaires, comme on dit. On l’aura bien cherché, non ?

mercredi 2 février 2011

Le voyage écologique de Michèle Alliot-Marie


Ce soir au journal télévisé de France 2 : « Plutôt que de (les) laisser faire deux heures de voiture entre Tunis et Tabarka », dixit la Ministre, l’homme d’affaires Aziz Miled, ami de la famille de Michèle Alliot-Marie, lui propose de l’emmener dans son jet privé pour rejoindre l’hôtel qui lui appartient et dans lequel justement la Ministre et son compagnon vont séjourner entre Noël et le jour de l’an.



C’est bien. Elle réduit son empreinte écologique. C’est vrai que, quand on peut, il vaut mieux favoriser le co-avionnage. Par ailleurs, la Ministre semble ne plus se souvenir à qui ont été facturées les nuits d'hôtel. Avec un peu de chance, s'il n'y a pas eu facture, il n'y aura même pas eu de gaspillage de papier.

mardi 1 février 2011

Les prix des forfaits de téléphone ou des achats par correspondance vont encore bouger !


Puisqu’il faut considérer, paraît-il, et d’autant plus depuis « l’effondrement » du bloc communiste, que le modèle économique capitaliste est le seul envisageable, ne soyons pas effarouchés, demain, de devoir « passer à la caisse ». Ce serait la moindre des choses, et sans doute aussi un moindre mal.

« Ainsi que le dit plaisamment Peter Sloterdijk : comme la globalisation nous paraissait belle quand nous étions seuls à l’exercer à notre profit... », nous rappelle Bruno Latour, dans une intervention au Collège de France (Le rappel de la modernité - approches anthropologiques, 2003).

Oui, peut-être que le soulèvement des Tunisiens ne fait que commencer et qu’on va peut-être aussi assister à la propagation de ce mouvement à d’autres pays pauvres. Sans doute également verrons-nous venir le développement dans ces pays d’un modèle économique que nous « occidentaux » avons toujours promu mais en prenant bien soin d’en écarter les bénéfices pour un grand nombre de pays. Parce que ce système capitaliste, pour fonctionner, a toujours besoin d’un « sous-traitant » en bas de l’échelle. Prenez les entreprises délocalisées sur le sol tunisien et dont une grande partie exploite une main d’œuvre bon marché. Selon Thierry Pech (Alternatives Économiques n° 299 - février 2011), la révolution a « mis à nu les faiblesses d'un modèle de développement fondé sur des secteurs nécessitant peu de main-d'œuvre qualifiée, comme le tourisme low cost, les activités de sous-traitance dans le textile ou les centres d'appels. » Comme Téléperformance (268 centres dans 50 pays), par exemple, qui a pour prestigieux clients SFR, Orange, La Redoute… et qui se présente comme le « premier employeur privé de Tunis ».

Mais ces « faiblesses d’un modèle de développement » dont parle Alternatives Économiques au sujet de la Tunisie ne sont-elles pas, avant tout, les faiblesses du modèle des « pays développés » ? Consommation, production, accumulation, compétition, exploitation… Au nom et dans le cadre de ce modèle dont nous avons tant vanté et exporté les mérites, que veulent en premier lieu les Tunisiens, les Égyptiens, les Jordaniens, mais aussi les Soudanais ? Et les Roumains, les Bulgares, les Albanais ? Du travail, des revenus, des « bonnes » conditions de vie… Rien que des choses légitimes, en tous cas rien d’illogique. Mais quelles solutions ?


Notre système « global » réussit encore -tant bien que mal- à camoufler les révolutions potentielles contre les énormes inégalités entre les pays dits développés et les « pays les moins avancés ». Souvent avec trois ingrédients : un régime dictatorial sur place, une « aide au développement » par les pays « développés » couplée à une forte « présence » économique, pour ne pas dire une mainmise sur l’économie des pays « aidés » par les pays « développés ». Une fois libérés des dictatures, quelle sera la voie du développement pour ces pays ? Sinon celle que nous avons toujours promue en tous points du globe ? Autant dire que nous devrons alors « lâcher le gâteau » (qui commence d’ailleurs à nous échapper sérieusement…)


A moins qu’on ne s’offusque, lorsque nous sentirons que nous perdons la main, des méthodes brutales et des conséquences dévastatrices de ce modèle de développement qu’on a toujours cru comme le seul valable. Un peu comme la leçon de développement durable qu'on donne aux Chinois, aux Indiens ou aux Brésiliens en leur enjoignant de se développer mais sans faire trop de fumée. Mais il sera trop tard pour s'offusquer. Tout le monde en pâtira. Ironie du sort ? Peut-être pas uniquement. Plus profondément et plus globalement, il y a peut-être chez les « occidentaux », particulièrement en Europe, une prétention à la « modernité ». Mais une modernité centrée sur quelques pays seulement et qui a mis à contribution -doux euphémisme- la majorité des autres pays du globe, particulièrement en Afrique. « Quel fiasco incroyable : soudainement les anciens modernisés qui voulaient moderniser la planète trouvent à la modernisation beaucoup de défauts maintenant qu’elle est, comme ils disent, « singés » par les autres » souligne Bruno Latour.


Peut-être qu’on va payer nos forfaits de téléphone portable moins cher, parce qu’on aura investi dans des plates-formes ailleurs, là où des salariés seront payés encore moins qu’en Tunisie. Ou peut-être qu’on les paiera plus cher car la Tunisie se sera dotée d’un droit du travail plus exigeant… allez savoir.

dimanche 30 janvier 2011

C'est encore temps pour les voeux 2011 ?


Pour Serge Dassault, Sénateur UMP de l’Essone et patron du Figaro, la réforme du droit du travail est la seule parade pour les entreprises françaises tentées de délocaliser pour abaisser leurs coûts.


« La durée du travail est sans commune mesure : 35 heures pour nous, 40,45 ou plus pour les autres. Les charges sur salaires varient aussi du maximum pour nous (100%) à zéro pour les autres ; quant aux montants des salaires minimums, ils sont aussi sans commune mesure, de 1200 euros par mois chez nous à 120 euros en Chine. Aucune comparaison n’est possible. Alors que pouvons-nous faire ? ». Outre cette présentation quelque peu partiale et approximative en termes de chiffres…on imagine les solutions qu’il propose (et qui sont d'ailleurs détaillées en page 24 de ce numéro du Figaro du 3 janvier 2011).


Ce qui est intéressant c’est que c’est dans un éditorial rédigé par lui et publié par Le Figaro que M. Dassault s’exprime à l’occasion de ses vœux aux lecteurs pour 2011. C’est bien qu’un patron de presse, sénateur, puisse s’exprimer librement dans son journal. C’est ça la liberté de la presse aujourd’hui. Regardez, en Italie….

vendredi 28 janvier 2011

Energie : Ils nous doivent plus que la lumière ...


Relevé dans la lettre d’information de l’Assemblée Nationale d’hier : La commission des affaires économiques de l’Assemblée Nationale auditionne la semaine prochaine l’actuel Président de la Commission de Régulation de l’Energie, « candidat pressenti » par le Président de la République au poste … qu’il occupe déjà depuis 2006 !:

« Avis avant nomination Présidence de la Commission de régulation de l'énergie : les députés auditionnent Philippe de Ladoucette, candidat pressenti et donnent leur avis

Mercredi 2 février 2011 à 10h : audition, en application de l'article 13 de la Constitution, ouverte à la presse, par la commission des affaires économiques, de Philippe de Ladoucette, dont la nomination en qualité de président de la Commission de régulation de l'énergie (CRE) est envisagée par le Président de la République et qui occupe actuellement ces fonctions».


Or, au sein de cette Commission de régulation de l’énergie, « le collège des commissaires est composé de neuf membres nommés pour six ans : le président du collège nommé par décret du Président de la République (...)».

On sait aussi que Philippe Ladoucette, l’actuel Président de la Commission de régulation de l’énergie « a été nommé par décret du Président de la République le 18 avril 2006 ». Son mandat se termine donc le 18 avril 2012, puisque les mandats des commissaires de cette commission (y compris son président) sont non révocables et non renouvelables.

Le Président peut-il nous éclairer sur ce que nous devons comprendre de l'utilité d'auditionner un "candidat pressenti" qui est déjà en exercice depuis près de 5 ans ?

samedi 22 janvier 2011

Le FMI : "réduire les inégalités en redistribuant les revenus des riches aux pauvres"



L’Humanité du 20 janvier (p.4) mentionne cet article paru dans Finances et Développement, une des publications périodiques du Fonds Monétaire International, que je suis allé chercher. Son titre ? « Endettement et inégalités », avec pour chapeau : « Un accroissement durable des inégalités de revenu incite à emprunter aux riches et augmente le risque de crise économique grave ». Tout un programme.


L’hypothèse des coauteurs (Michael Kumhof et Romain Rancière, respectivement chef d’unité adjoint et économiste au Département des études du FMI) est donc très simple : les inégalités de revenu pourraient être à l’origine des deux crises économiques de 1929 et de 2007. C’est sur une observation comparée, sur ces deux périodes, de l’évolution de l’endettement des ménages avant et pendant la crise que les auteurs s’appuient pour démontrer, au moyen d’une modélisation économétrique, que « les riches prêtent aux pauvres et à la classe moyenne une grande part de leurs revenus supplémentaires, et quand les inégalités de revenu augmentent pendant plusieurs décennies, le ratio dette/revenu s’élève assez pour faire augmenter le risque d’une crise grave ». Dans la modélisation en question, les « riches » sont les 5% les plus riches des ménages américains, comparés au reste des ménages. On voit bien sur les diagrammes, effectivement, que les riches, pour lesquels l’augmentation de la consommation est moins forte que l’augmentation des revenus, disposent d’une (importante) épargne dont ils prêtent (avec intérêt) une partie aux autres, ceux qui s’endettent. Et les autres, globalement, s’endettent car leurs revenus n’augmentent pas assez par rapport à leurs besoins et à leur consommation. Et il arrive un moment où certains d’entre eux (les plus pauvres, on imagine, mais qui représentent une masse significative de dette) n’arrivent plus à rembourser. On connaît la suite.

Que faut-il faire ? Les deux auteurs proposent, dans la logique de leur hypothèse, de « réduire le ratio dette/revenu ». Comment ? Deux possibilités. La première est le désendettement. Classique mais insuffisant : en effet, pour certains il est difficile de se désendetter car « les travailleurs continuent à recevoir une part réduite du revenu national ». Deuxième possibilité : opérer « un redressement des revenus des travailleurs - résultant par exemple d’un renforcement de leurs droits de négociation – qui leur permet de se désendetter progressivement grâce à leurs salaires ».


Et l’article de conclure « Rétablir l’égalité en redistribuant les revenus des riches aux pauvres ne plairait pas seulement aux Robin des bois du monde entier : cela pourrait aussi épargner à l’économie mondiale une autre crise majeure ».


Certes, ce type de démonstration peut paraître un tantinet superflu. Franchement, annoncer que les pauvres doivent gagner plus pour ne pas être obligés de s’endetter et/ou être en capacité de rembourser leurs dettes… « faut pas être sorti de St Cyr », comme disait ma grand mère. Mais peut-être faut-il en passer par là pour faire entendre un certain nombre d’évidences, qui plus est dans l’une des plus hautes instances économiques et financières internationales.

Faire paraître de telles propositions !!! Mais que fait le patron du FMI pour faire taire ces dissidents ? (Pour info, Romain Rancière est membre des "économistes atterrés")

jeudi 31 décembre 2009

Devinette !!!

Allez, pour finir 2009, une petite devinette sympa. Qui a écrit ceci :

"Partout où la propriété est un droit individuel, où toutes choses se mesurent par l'argent, là on ne pourra jamais organiser la justice et la prospérité sociale, à moins que vous n'appeliez juste la société où ce qu'il y a de meilleur est le partage des plus méchants, et que vous n'estimiez parfaitement heureux l'État où la fortune publique se trouve la proie d'une poignée d'individus, insatiables de jouissances, tandis que la masse est dévorée par la misère".

- Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865)

- Arlette Laguiller (1940-)

- Thomas More (1478-1535)

- page 1 de 2